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Corse Net Infos du 3 juillet 2022

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Les ambulances corses en grève dénoncent la baisse des gardes dans le rural pour le transport des malades

Nicole Mari le Dimanche 3 Juillet 2022 à 19:51

Ce lundi matin 4 juillet 2022, les ambulances de Corse feront grève et occuperont les locaux de l’ARS (Agence régionale de santé) pour dénoncer la baisse drastique des heures de garde qui sont prises en charge pour le transport sanitaire privé. L’élue d’U Soffiu Novu, Cathy Cognetti-Turchini, qui est de la partie, a interpellé l’Exécutif, lors de la dernière session de l’Assemblée de Corse pour lui demander son soutien et éviter la mort programmée du transport sanitaire dans le rural. Soutien assuré par l’Exécutif corse et l’ensemble des groupes politiques qui ont signé un communiqué commun. Explications pour Corse Net Infos de Cathy Cognetti-Turchini.



Photo archives Michel Luccioni. Manifestation d
Photo archives Michel Luccioni. Manifestation d'ambulances à Aiacciu.
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- Pourquoi cette manifestation des ambulanciers, lundi matin ?
- Nous manifestons lundi matin pour protester contre la mise en œuvre d’un arrêté concernant le transport sanitaire privé qui se traduit par une baisse drastique du nombre d’heures de garde financées par l’Assurance maladie en Corse. Les ambulances avaient 72000 heures de garde de nuit qui ont été, aujourd’hui, ramenées à 34 000 heures. Cette chute vertigineuse ne se justifie pas ! Après deux années de crise Covid où nous avons été en première ligne, avec une organisation qui repose sur des salariés de garde la nuit et le week-end, les ambulanciers se voient infliger une diminution de plus de la moitié des heures prises en charge et la suppression de tous les secteurs de gardes. On nous demande, en plus, d’assurer les gardes de jour et de nuit, certes avec une augmentation de tarif, mais on n’en demandait pas tant ! Nous demandons le respect des territoires et des entreprises qui travaillent sur le territoire, et par là même, le respect de la population. Nous manifesterons lundi matin pour une répartition équitable des gardes sur tout le territoire. Nous occuperons l’ARS (l’Agence régionale de santé) pour marquer notre mécontentement parce qu’avec ce nouvel arrêté qui a été signé, les territoires ruraux sont complètement oubliés.
 
- Qu’est-ce cela change concrètement ?
- Au vu du nombre d’heures qu’elle a obtenu de l’État pour la Corse, l’ARS va centraliser une ambulance de garde sur Ajaccio et une sur Bastia. Et, c’est tout ! Le reste de la Corse, les secteurs de garde, qui était prédéfinis de façon à bien mailler le territoire, que ce soit la Balagne, l’Alta Rocca, la Plaine orientale où le Cortenais, ont disparu. Il n’y aura pas d’ambulance de garde dans ces secteurs. On se bat à l’échelon national pour avoir une réponse à l’urgence en 30 minutes. Quid de ces gens qui vivent dans les villages excentrés de Bastia et d’Ajaccio où il faut deux heures d’intervention en partant de la ville ? Où est l’urgence ? On nous explique qu’il faut lutter contre la désertification médicale et c’est précisément là que l’on prend les mesures les plus drastiques ! Alors que les entreprises situées en milieu rural participent activement à la diminution de la désertification médicale.
 

Cathy Cognetti-Turchini.
Cathy Cognetti-Turchini.
- Quel sera l’impact pour la population ?
- Si demain, il y a une urgence médicale à Ponte Leccia, à Calvi ou à Ghisonaccia pendant les heures de garde, la nuit, le dimanche et les jours fériés, il faut que l’ambulance monte de Bastia. Et il n’y aura qu’une seule ambulance pour toute la Haute- Corse ! Ce n’est pas acceptable pour la population qui est en augmentation constante ! Ce n’est pas non plus acceptable pour la profession qui effectue les gardes depuis 2002 avec des secteurs qui assurent un maillage et des réponses à l’urgence parce que les ambulanciers font bien partie de l’urgence médicale. Ils sont complémentaires des centres de secours, surtout en milieu rural où la prise en charge est souvent la plus rapide et la plus efficace. Un exemple, Calvi on the Rocks va débuter. S’il n'y a plus d'ambulance de garde, comment vont faire les pompiers pour répondre en même temps aux incendies, aux urgences… ? Ils ne pourront pas assurer la totalité des transports durant le pic d’envergure de la saison estivale.
 
- Pourquoi avez-vous interpelé l’Exécutif corse ? Ce n’est pas de sa compétence ?
- Bien sûr, cet arrêté est d’origine gouvernementale et n’engage pas l’Exécutif. Mais, j’ai profité de la session pour l’alerter et lui suggérer de créer une cellule de veille normative sur les évolutions législatives et réglementaires qui impacteraient la Corse dans ce secteur. Une autre conséquence négative impacte les SIS (Service d’incendie et de secours) : les pompiers sont défrayés sur la carence ambulancière. En diminuant fortement le nombre d’heures, comment seront rémunérés les pompiers pour leurs heures de garde qui étaient financées de cette façon ? C’est une conséquence en cascade que nous devons connaître, anticiper et surtout négocier !
 
- Etes-vous satisfaite de la réponse de Bianca Fazi, la conseillère exécutive en charge du sanitaire ?
- Oui ! La conseillère exécutive et tout le Conseil exécutif nous ont apporté leur soutien. Nous avons déposé un communiqué de presse qui a été signé par l’ensemble des groupes de l’Assemblée de Corse. Bianca Fazi connaît bien évidemment le problème puisqu’elle travaille en tant que médecin au Centre du SAMU de Corse du Sud. Elle connaît aussi le secteur de la Plaine orientale qui va se retrouver forcément sans ambulance de garde. Quand vous êtes excentré d’un centre hospitalier de proximité, que ce soit Corte ou la Plaine orientale, il faut assurer les transports des personnes qui sont en situation d’urgence.
 
- Quelle est la position de l’ARS sur le sujet ?
- Nous avons discuté avec l’ARS qui comprend parfaitement le problème et est dans le même ordre d’idées. Elle essaye de trouver des solutions parce que passer de 72 000 heures en ne faisant que des gardes de nuit à 34 000 heures en faisant des gardes du jour et de nuit, même l’ARS sait qu’il y a un manque, qu’on va se trouver confronté à des difficultés sur tous les territoires. En plus en période estivale avec la sur-fréquentation due au tourisme, comment avoir une réponse à l’urgence, à l’hospitalisation et au maintien à domicile des personnes âgées et fragiles, notamment dans les territoires ruraux alors que nous sommes en perte de moyens ? Le désert médical est aussi ralenti grâce aux transports en ambulance et à l’évacuation des personnes. Sur les territoires qui manquent de moyens, de médecins, c’est l’ambulancier qui récupère la personne en situation urgence et qui l’évacue. Cela permet d’assurer vraiment un secours pertinent aux populations.
 
- Qu’espérez-vous concrètement de cette mobilisation ?
- Une augmentation du volant des heures de façon à assurer sur l’ensemble de la Corse, aussi bien dans les territoires ruraux qu’urbains, un système de garde qui soit efficient pour la population.
 
Propos recueillis par Nicole Mari
 

Bianca Fazi : « Nous allons engager les discussions avec les différents acteurs concernés »

Bianca Fazi. Photo Michel Luccioni.
Bianca Fazi. Photo Michel Luccioni.
Tout en martelant « la détermination et la volonté du Conseil exécutif d’agir sur les problématiques liées à la santé et à mener une politique ambitieuse, reposant sur une approche territoriale », la conseillère exécutive en charge du médico-social, Bianca Fazi, rappelle les compétences limitées de la Collectivité de Corse dans ce domaine, mais aussi les orientations stratégiques en matière de prévention et de réduction des inégalités sociales de santé, adoptées à l’unanimité le 29 avril dernier par l’Assemblée de Corse. Elle réaffirme, elle aussi, que « le transport sanitaire privé, notamment des heures de garde financées par l’Assurance maladie, est essentiel dans le fonctionnement de notre système de santé au regard de nos contraintes géographiques, mais pas seulement. Nous savons à quel point la mobilisation des ambulanciers au quotidien est importante, notamment dans la prise en charge des plus fragiles ». Avant de saluer l’engagement de l’ensemble de la profession, en particulier durant la crise Covid.
 
Soutien et engagement
Bianca Fazi revient, ensuite, sur le contenu de la réforme et de l’arrêté incriminé qui est, précise-t-elle, « le résultat d’une convention entre l’Union nationale des Caisses d’assurance maladie et a été signée par les syndicats du secteur. La problématique concerne spécifiquement le système des heures de garde régulées par le SAMU, 24 heures sur 24 et qui mobilise l’ensemble des acteurs à savoir : SAMU, SDIS, transporteurs privés. Cette réforme est une modification du volume horaire toutefois, elle s’accompagne aussi d’une revalorisation tarifaire significative, soit le doublement montant actuel qui passe de 346 € à 720 € ». Ceci posé, elle assure Cathy Cognetti-Turchni et les ambulanciers de son soutien et de son engagement. « Les chiffres ont montré que certains secteurs étaient moins impactés que d’autres. Nous restons toutefois en alerte, notamment sur la Plaine orientale qui ne dispose pas d’hôpital de proximité et qui demande une disponibilité plus importante du transport sanitaire. Pour notre territoire et pour les usagers que cette réforme impacte, nous allons, de notre côté, engager les discussions avec les différents acteurs concernés : ARS, SAMU, SDIS, transporteurs, afin de faire évoluer le volume horaire annoncée dont la diminution ne nous semble pas correspondre aux besoins ». Elle s’emploie également à rassurer : « La DGA Santé Sociale de la Collectivité assure une veille active sur ces sujets, notamment législative et réglementaire, et inter-régions avec Région France, ce qui me permet d’être parfaitement au courant ». Enfin, constatant qu’au-delà de cette réforme spécifique, « les mesures réglementaires ne sont pas adaptées à la Corse, à nos spécificités : insularité, île-montagne, ruralité, population vieillissante, pic saisonnier en été, etc… », la conseillère exécutive déclare qu’à l’approche des discussions dans le cadre du processus d’autonomie avec le gouvernement, « nous souhaitons évoquer ce type d’incohérence, toujours dans la logique de permettre aux Corses de bénéficier d’un service de qualité qui répond à leurs besoins, sur l’ensemble des territoires et adapté à nos spécificités ».
 
 

« Non à la baisse des heures de garde prises en charge pour le transport sanitaire privé ! »

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L'Asemblée de Corse. Photo Michel Luccioni.
Le communiqué de soutien des groupes politiques de l’Assemblée de Corse cosignataires : Un Soffiu Novu, Avanzemu, Fà Populu Inseme et Core in Fronte :
 
« La mise en œuvre de l’arrêté du 26 février 2021 portant approbation de l’avenant n°10 à la convention nationale des transporteurs sanitaires privés et aux textes réglementaires publiés en avril 2022 qui l’ont décliné se traduit par une baisse drastique du nombre d’heures de garde financées par l’Assurance maladie en Corse où l’on passe de 75 000 à 34 000.
Avec une augmentation constante de la population insulaire chaque année, un pic d’envergure durant la saison estivale, cette chute vertigineuse ne se justifie pas. Les transporteurs sanitaires privés assurent ce service depuis des années, notamment en milieu rural où la prise en charge est souvent la plus rapide et la plus efficace.
Selon les autorités sanitaires, la baisse des heures conduira à la mise en place d’une ambulance à Ajaccio et une à Bastia, laissant tout le reste du territoire dépourvu.
Après deux années de crise covid où ils ont été en première ligne, avec une organisation qui repose sur des salariés de garde la nuit et le week-end, les ambulanciers se voient infliger une diminution de plus de la moitié des heures prises en charge. Sans compter que les SIS s’en trouvent également impactés, puisque les pompiers sont défrayés sur la carence ambulancière.
Les professionnels insulaires se mobilisent pour essayer d’inverser la tendance et de préserver les acquis insulaires dans l’accès aux soins. La vie dans l’intérieur de l’île, la lutte contre la désertification médicale et le maintien à domicile des personnes âgées ou dépendantes sont des objectifs partagés qui ne sauraient exister sans l’engagement quotidien des ambulanciers. Nous les soutenons dans leur démarche qui ne peut trouver d’issue que par une réponse réglementaire émanant du Gouvernement. Une solution que nous appelons de nos vœux et que nous demandons à l’ARS d’élaborer pour préserver l’accès aux soins en Corse ».